By Edmond Opitz.
Les institutions politiques américaines présupposent certaines convictions sur la nature humaine, la valeur et les prérogatives des personnes, le sens de la vie, la distinction entre le bien et le mal et la destinée de l’individu. Les colons ont acquis leur compréhension de ces questions en tant qu’héritiers de l’héritage intellectuel et religieux de la chrétienté – la culture dont les forces structurantes sont issues de l’ancien Israël, de la Grèce et de la Rome antiques.
Compte tenu du consensus qui régnait il y a deux siècles, selon lequel l'homme était une personne souveraine soumise à Dieu, il était logique de structurer le gouvernement de manière à élargir les possibilités d'exercice de la liberté individuelle. La Constitution est clairement conçue pour maximiser le droit égal de chaque individu à poursuivre ses propres objectifs pacifiques et à jouir des avantages et des responsabilités inhérents à la propriété.
La Déclaration d’indépendance a exprimé ce que presque tout le monde pensait, à savoir que nous bénéficions de droits et d’immunités personnels parce que nous sommes des êtres créés, c’est-à-dire que nous manifestons un but et une intention majeurs de cet univers. Cela implique un rejet catégorique de l’alternative qui consiste à supposer que nous sommes les simples produits finaux de forces naturelles et sociales, à la dérive dans un cosmos dénué de sens. Car si l’univers est dénué de sens, alors aucun mode de vie n’a plus de sens qu’un autre ; dans ce cas, le pouvoir n’a pas de limites.
Nos ancêtres avaient de fermes convictions sur le but de la vie et savaient que pour atteindre le but transcendant de la vie, le pouvoir doit être limité : « La résistance aux tyrans est une obéissance à Dieu », déclaraient-ils. Si la vie est envisagée dans ces termes, comment pouvons-nous concevoir la portée et la compétence appropriées du gouvernement ? Quel est son rôle dans la société ? Quelles fonctions devons-nous lui attribuer ?
Le gouvernement est la structure du pouvoir d’une société. C’est le premier et le plus important fait concernant l’institution politique : elle a l’autorité légale de contraindre. La deuxième chose à faire est de se demander si le pouvoir exercé par le gouvernement est auto-déterminé ou délégué par une autorité plus vaste que celle purement politique. Le gouvernement gouverne-t-il de manière autonome ou de droit divin, ou le véritable pouvoir est-il situé ailleurs et simplement prêté au gouvernement ? La Constitution est claire sur ce point : le pouvoir appartient au peuple d’établir les lois auxquelles le pouvoir doit obéir. C’est lui qui l’établit, c’est lui qui lui dit ce qu’il doit faire.
« Nous, le peuple des États-Unis », peut-on lire dans le préambule, « décrétons et établissons cette Constitution pour les États-Unis d’Amérique. »
Limites spécifiques
Le peuple donne pouvoir à une agence de faire certaines choses pour lui en tant que nation, mais si nous isolons les dispositions qu’il a établies pour limiter le gouvernement, l’intention dominante ou le consensus qui a fait de la Constitution son outil politique devient plus clair.
Les pouvoirs non délégués aux États-Unis par la Constitution, ni interdits par elle aux États-Unis, sont réservés respectivement aux États ou au peuple. Amendement X
Le peuple possède en outre, en vertu de ses droits fondamentaux, un ensemble de droits qui vont au-delà de ceux mentionnés dans la Constitution.
L’énumération dans la Constitution de certains droits ne doit pas être interprétée comme niant ou dénigrant d’autres droits conservés par le peuple. Amendement IX
Ce peuple souverain sera libre de pratiquer son culte, de parler et de publier librement.
Le Congrès ne fera aucune loi concernant l’établissement d’une religion ou interdisant son libre exercice. Amendement I
Le Congrès ne fera aucune loi… restreignant la liberté d’expression. Amendement I
Le Congrès ne fera aucune loi… restreignant la liberté… de la presse. Amendement I
L'association volontaire est le corollaire de la liberté individuelle, et celle-ci est soulignée, ainsi que le droit de pétition.
Le Congrès ne fera aucune loi... restreignant... le droit du peuple à se réunir pacifiquement. Amendement I
Le Congrès ne fera aucune loi restreignant... le droit du peuple... de présenter une requête au gouvernement pour obtenir réparation de ses torts. Amendement I
Les anciennes divisions de l’humanité en castes et en ordres de rang ne doivent plus exister.
Aucun titre de noblesse ne sera accordé par les États-Unis. Article I, 9
Chaque citoyen a le droit de participer aux processus par lesquels la nation est gouvernée ; et s’il désire se présenter à une fonction publique, il ne sera pas soumis à un test de croyance.
Le droit de vote des citoyens des États-Unis ne sera ni refusé ni restreint. . . . Amendements XV et X1X
Aucun test religieux ne sera jamais exigé comme qualification pour un poste ou une charge publique aux États-Unis. Article VI
Liberté de commercer ; aucun privilège spécial
Le commerce contribue à la liberté et à la prospérité des peuples, c’est pourquoi les restrictions au commerce doivent être supprimées.
Aucune taxe ni aucun droit ne sera imposé sur les articles exportés d’un État. . . . Article 1, 9
Aucune préférence ne sera accordée par aucun règlement de commerce ou de recettes aux ports d’un État par rapport à ceux d’un autre. Article I, 9
L’impôt progressif viole le principe d’égalité de traitement devant la loi : il pénalise les capacités et diminue la productivité, c’est pourquoi il est interdit.
Aucune capitation, ni aucun autre impôt direct, ne sera imposé, à moins qu'il ne soit proportionnel au recensement. . . . Article I, 9
Le trésor public est inviolable ; le gouvernement ne doit pas conférer de privilèges économiques à certains au détriment des autres.
Aucune somme d'argent ne sera prélevée sur le Trésor, sinon en conséquence d'affectations faites par la loi. Article I, 9
La vie privée doit être respectée et jalousement gardée.
Le droit des citoyens à la sécurité de leur personne, de leur domicile, de leurs papiers et de leurs effets… ne sera pas violé. Amendement IV
Le conflit est une caractéristique inhérente à l’action humaine, et lorsque des conflits d’intérêts se produisent dans la société, les droits de l’individu doivent être préservés.
Nul ne peut… être privé de la vie, de la liberté ou de ses biens sans procédure légale régulière. Amendement V
La propriété privée ne peut pas non plus être confisquée à des fins publiques sans juste compensation. Amendement V
Les cordes de l'armée
Dans certains pays, la vie civile n’est qu’un simple appendice de la vie militaire. Ce ne sera pas le cas ici, car ce sont les civils qui tiennent les cordons de la bourse.
Aucune affectation de fonds (pour lever et soutenir les forces militaires et navales) ne pourra être effectuée pour une durée supérieure à deux ans. Article 1, 8
Comme mesure de protection supplémentaire contre toute future militarisation de cette nation, le secteur civil doit disposer des moyens de se défendre.
Le droit des citoyens de détenir et de porter des armes ne sera pas violé. Amendement II
Dans certains pays, la procédure pénale est utilisée pour piéger les citoyens, dont la culpabilité est présumée ; c'est à eux qu'incombe la charge de la preuve pour démontrer leur innocence. Ici, l'innocence de l'accusé est présumée jusqu'à ce que sa culpabilité soit prouvée. La loi ne doit pas revenir en arrière et qualifier de criminel un acte qui jusque-là était innocent.
Non . . . ex post facto la loi sera votée. Article I, 9
Il n’y aura pas de procédure de Chambre étoilée.
Nul ne peut être tenu de répondre d’un crime capital ou autrement infâme, sauf sur présentation ou mise en accusation d’un grand jury. Amendement V
Protéger l'accusé
L'accusé est protégé contre l'emprisonnement illégal et doit être informé des accusations portées contre lui.
Le privilège du bref de habeas corpus ne sera pas suspendu. Article I, 9
La peine doit être proportionnelle au crime ; elle ne doit pas entraîner l’extinction des droits civils, la confiscation des biens ou des sanctions contre les proches.
Aucune loi d’atteinte… ne sera adoptée. Article 1, 9
L’accusé a le droit d’être jugé par ses pairs.
. . . le droit à un procès avec jury doit être préservé. Amendement VII
Il ne doit pas y avoir d’auto-incrimination forcée.
Il ne sera pas non plus contraint, dans aucune affaire criminelle, de témoigner contre lui-même. Amendement V
Les droits de l’accusé se résument ainsi :
1. . . . . un procès rapide et public, par un jury impartial;
2. Dans le district où le crime aura été commis ;
3. d’être informé de la nature et de la cause de l’accusation ;
4. d’être confronté aux témoins à charge ;
5. d’avoir une procédure obligatoire pour obtenir des témoins en sa faveur ;
6. et d’avoir l’assistance d’un avocat pour sa défense. Amendement VI
Même lorsqu’il est reconnu coupable, l’accusé est protégé.
1. Aucune caution excessive ne sera exigée ;
2. Aucune amende excessive n’est imposée ;
3. Ni peines excessives ni punitions inhabituelles ne sont infligées. Amendement VIII
Trahison
La trahison est un crime contre la nation, si grave qu’il doit être défini avec un soin particulier.
La trahison contre les États-Unis consistera seulement à leur déclarer la guerre ou à adhérer à leurs ennemis, en leur apportant aide et secours. Article III, 3
La personne jugée coupable de trahison est personnellement responsable de son crime et, par conséquent, sa famille et ses proches ne seront pas punis.
Aucun coupable de trahison ne commettra de corruption du sang. Article III, 3
La destitution est un cas particulier.
Le Sénat aura seul le pouvoir de juger toutes les procédures d’impeachment… et nul ne pourra être condamné sans l’assentiment des deux tiers des membres présents.
Le jugement… ne pourra aller au-delà de la révocation de la fonction et de l’interdiction d’occuper tout poste d’honneur, de confiance ou de profit aux États-Unis. Article I, 3
Un angle mort dans la Constitution originale est corrigé.
Ni esclavage, ni servitude involontaire, sauf comme punition d'un crime... Amendement XIII
Aucun État ne doit... refuser à quiconque relevant de sa juridiction l’égale protection des lois. Amendement XIV
Les États séparés ne sont pas entièrement souverains.
Aucun État ne peut conclure de traité… battre monnaie… adopter une loi portant atteinte à l’obligation des contrats. Article I, 10
La méthode de la liberté
Il existe dans la nature humaine une forte tendance à pousser les gens qui ont une opinion très forte – une bonne cause, par exemple – à se regrouper et à utiliser le pouvoir du gouvernement pour imposer leur panacée à ceux qu’ils n’ont pas réussi à convaincre. La Constitution est un parfait exemple des limites imposées au pouvoir gouvernemental, de sorte que les personnes qui veulent faire avancer une cause doivent recourir uniquement à l’éducation, à la persuasion et à l’exemple. C’est la méthode de la liberté, et un peuple qui s’est engagé dans cette méthode trouve que la Constitution reste un instrument approprié pour structurer une société qui maximise la liberté et les opportunités pour tous. Elle a été conçue pour établir un gouvernement national contrôlé de l’intérieur par des freins et contrepoids entre les différents pouvoirs. Et le gouvernement devait être encore plus limité par la structure fédérale elle-même, dans laquelle le pouvoir centripète de Washington devait être compensé par les pouvoirs centrifuges des différents États.
La Constitution n’était pas un document parfait, mais elle comportait les moyens de se corriger elle-même et elle incarnait le consensus du peuple pour qui la liberté était le bien politique primordial. Elle était réalisable. Et elle fonctionnera à nouveau lorsqu’un nombre significatif de personnes auront la force intellectuelle de comprendre des idées saines et la force de caractère de les faire prévaloir.
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Initialement publié en Le Freeman. Cet article a été publié à l'origine dans le numéro d'avril 1978 Freeman et a été réimprimé en septembre 1987 pour marquer le 200e anniversaire de l'achèvement de la rédaction de la Constitution américaine.
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