Dans la continuité de notre série d’articles qui précèdent l’investiture du 44e président des États-Unis d’Amérique, Barack Obama, il semble approprié de revenir aux mots d’un héros américain très sage, qui, comme Obama, avait une langue élégante. Mais la différence entre eux est frappante : l’un offre des platitudes et des sentiments positifs tandis que l’autre nous incite à la vertu et à la réflexion. Réfléchissons bien à ces mots.
23 mars 1775 – La Convention de Virginie à l'église St. John, Richmond.
Personne n’a plus d’estime que moi pour le patriotisme et les capacités des honorables messieurs qui viennent de s’adresser à la Chambre. Mais des hommes différents voient souvent le même sujet sous des angles différents. J’espère donc que je ne serai pas considéré comme irrespectueux envers ces messieurs si, ayant des opinions très opposées aux leurs, je leur exprime librement et sans réserve mes sentiments. Ce n’est pas le moment de faire des cérémonies. La question qui se pose devant la Chambre est d’une importance terrible pour ce pays. Pour ma part, je la considère comme rien de moins qu’une question de liberté ou d’esclavage, et la liberté du débat doit être proportionnelle à l’ampleur du sujet. C’est seulement de cette manière que nous pouvons espérer parvenir à la vérité et assumer la grande responsabilité que nous avons envers Dieu et notre pays. Si je retenais mes opinions dans un tel moment, par crainte de offenser, je me considérerais comme coupable d'une trahison envers mon pays et d'un acte de déloyauté envers la Majesté du Ciel, que je révère par-dessus tous les rois de la terre.
Monsieur le Président, il est naturel pour l’homme de se laisser aller aux illusions de l’espoir. Nous avons tendance à fermer les yeux devant une vérité douloureuse et à écouter le chant de cette sirène jusqu’à ce qu’elle nous transforme en bêtes. Est-ce là le rôle des hommes sages engagés dans une grande et ardue lutte pour la liberté ? Sommes-nous disposés à être du nombre de ceux qui, ayant des yeux, ne voient pas et, ayant des oreilles, n’entendent pas les choses qui concernent de si près leur salut temporel ? Pour ma part, quelle que soit l’angoisse de mon esprit que cela puisse me coûter, je suis disposé à connaître toute la vérité, à connaître le pire et à y pourvoir.
Je n’ai qu’une lampe qui guide mes pas, c’est la lampe de l’expérience. Je ne connais aucun moyen de juger l’avenir, sinon d’après le passé. Et en jugeant d’après le passé, je désire savoir ce qu’il y a eu dans la conduite du ministère britannique au cours des dix dernières années pour justifier les espoirs avec lesquels les messieurs ont voulu se consoler eux-mêmes et la Chambre. Est-ce ce sourire insidieux avec lequel notre pétition a été accueillie dernièrement ? Ne vous y fiez pas, monsieur ; il se révélera un piège pour vos pieds. Ne vous laissez pas trahir par un baiser. Demandez-vous comment cet accueil gracieux de notre pétition s’accorde avec ces préparatifs de guerre qui couvrent nos eaux et obscurcissent notre terre. Des flottes et des armées sont-elles nécessaires à une œuvre d’amour et de réconciliation ? Avons-nous montré si peu disposés à nous réconcilier qu’il faille faire appel à la force pour regagner notre amour ? Ne nous y trompons pas, monsieur. Ce sont les instruments de la guerre et de la soumission ; Les derniers arguments auxquels les rois ont recours. Je demande, messieurs, que signifie cette armée, si son but n’est pas de nous forcer à la soumission ? Les messieurs peuvent-ils en trouver un autre motif ? La Grande-Bretagne a-t-elle un ennemi, dans cette partie du monde, pour réclamer toute cette accumulation de marines et d’armées ? Non, monsieur, elle n’en a pas. Elles sont destinées à nous, elles ne peuvent être destinées à personne d’autre. Elles sont envoyées pour nous lier et riveter ces chaînes que le ministère britannique a si longtemps forgées. Et qu’avons-nous à leur opposer ? Allons-nous essayer l’argumentation ? Monsieur, nous l’essayons depuis dix ans. Avons-nous quelque chose de nouveau à offrir sur le sujet ? Rien. Nous avons présenté le sujet sous tous les angles possibles, mais tout cela a été en vain. Allons-nous recourir à la supplication et à l’humble supplication ? Quels termes trouverons-nous qui n’aient pas déjà été épuisés ? Ne nous trompons pas, je vous en prie, monsieur. Monsieur, nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour conjurer la tempête qui s’approche. Nous avons fait des pétitions, des remontrances, des supplications, nous nous sommes prosternés devant le trône et avons imploré son intervention pour arrêter les mains tyranniques du ministère et du Parlement. Nos pétitions ont été méprisées, nos remontrances ont produit une violence et des insultes supplémentaires, nos supplications ont été ignorées et nous avons été repoussés avec mépris du pied du trône ! En vain, après ces événements, pouvons-nous nous permettre le doux espoir de la paix et de la réconciliation. Il n’y a plus de place pour l’espoir. Si nous voulons être libres, si nous entendons préserver inviolables ces inestimables privilèges pour lesquels nous luttons depuis si longtemps, si nous entendons ne pas lâcher lâchement la noble lutte dans laquelle nous sommes engagés depuis si longtemps et que nous nous sommes engagés à ne jamais abandonner jusqu’à ce que le glorieux objet de notre lutte soit atteint, nous devons nous battre ! Je le répète, monsieur, nous devons nous battre ! Il ne nous reste plus qu’un appel aux armes et au Dieu des armées !
On nous dit, monsieur, que nous sommes faibles, incapables de faire face à un adversaire aussi redoutable. Mais quand serons-nous plus forts ? Sera-ce la semaine prochaine, ou l’année prochaine ? Sera-ce lorsque nous serons totalement désarmés et qu’une garde britannique sera postée dans chaque maison ? Allons-nous rassembler nos forces par l’irrésolution et l’inaction ? Allons-nous acquérir les moyens d’une résistance efficace en nous couchant sur le dos et en étreignant le fantôme trompeur de l’espoir, jusqu’à ce que nos ennemis nous aient lié les pieds et les mains ? Monsieur, nous ne sommes pas faibles si nous faisons un bon usage des moyens que le Dieu de la nature a mis à notre disposition. Les millions de personnes, armées pour la sainte cause de la liberté, et dans un pays comme celui que nous possédons, sont invincibles face à toute force que notre ennemi peut envoyer contre nous. En outre, monsieur, nous ne livrerons pas nos batailles seuls. Il existe un Dieu juste qui préside aux destinées des nations et qui suscitera des amis pour combattre nos batailles à notre place. La bataille, monsieur, n’est pas seulement pour les forts ; elle est pour les vigilants, les actifs, les braves. De plus, monsieur, nous n’avons pas d’élection. Si nous étions assez vils pour la désirer, il est maintenant trop tard pour nous retirer de la lutte. Il n’y a pas de retraite sinon dans la soumission et l’esclavage ! Nos chaînes sont forgées ! Leur cliquetis peut être entendu dans les plaines de Boston ! La guerre est inévitable – et qu’elle vienne ! Je le répète, monsieur, qu’elle vienne.
Il est vain, monsieur, de vouloir atténuer la situation. Les gentilshommes peuvent crier : « Paix, paix ! » – mais il n’y a pas de paix. La guerre est réellement commencée ! Le prochain coup de vent qui soufflera du nord nous fera entendre le fracas des armes ! Nos frères sont déjà sur le terrain ! Pourquoi restons-nous ici sans rien faire ? Que désirent les gentilshommes ? Que veulent-ils ? La vie est-elle si chère, ou la paix si douce, qu’elle puisse être achetée au prix des chaînes et de l’esclavage ? Dieu tout-puissant, je ne sais pas quelle voie les autres peuvent prendre, mais je ne sais pas quelle voie ils peuvent prendre. mais moi, donnez-moi la liberté ou donnez-moi la mort !
La lutte pour la liberté continue encore aujourd’hui. L’État continue de s’approprier le pouvoir par tous les moyens possibles – impôts, réglementation, lois et armée. Serons-nous les héritiers de l’héritage d’Henry, Jefferson, Franklin et Washington, ou serons-nous les moutons des tyrans ?


