Les libertariens peuvent-ils remporter des victoires significatives pour la liberté de notre vivant ? Jacob Huebert, revenant sur sa présentation de 2011 au Cercle Mises : «Y a-t-il un espoir pour la liberté de notre vivant ?Ce texte livre un verdict sans appel : il ne faut pas emprunter les voies les plus fréquentées. La politique électorale pervertit les principes et engendre un étatisme accru ; le populisme de base, à l’instar du Tea Party, est moins soucieux de la liberté que ses partisans ne le prétendent, et il s’essouffle sans véritable changement ; quant à la lutte pour la liberté devant les tribunaux, si elle peut apporter des résultats bénéfiques, son impact reste limité. Pourtant, l’espoir existe par des moyens plus discrets et plus sûrs : la stratégie éprouvée du développement personnel et de la diffusion des idées conduit à des progrès graduels en matière de liberté individuelle et collective. Pour les chrétiens attachés à une société libre, cette réflexion propose une alternative de principe aux solutions politiques à court terme : s’efforcer d’incarner le changement, rallier les personnes réceptives et faire confiance au pouvoir des idées pour porter leurs fruits lorsque les crises l’exigent.
L'analyse de Huebert démontre pourquoi les libertariens devraient rejeter le piège du moindre mal et privilégier une fidélité durable aux droits individuels et à une économie saine. Cet épisode soutient que le véritable progrès ne résulte pas de la conquête du pouvoir, mais de la transformation des mentalités chez ceux qui pensent par eux-mêmes.Qui est Jacob Huebert et pourquoi son point de vue est important ?Jacob Huebert occupe le poste d'avocat principal en matière de litiges au sein de Nouvelle Alliance des libertés civiles, qui lutte contre les abus de pouvoir de l'État administratif – notamment en contribuant à l'arrêt de la Cour suprême qui a invalidé la doctrine Chevron. En tant que chercheur associé à l'Institut Mises et auteur de Le libertarisme aujourd'huiHuebert possède une combinaison rare : une solide formation théorique en économie autrichienne et en philosophie libertarienne, alliée à une expérience concrète de victoires judiciaires en faveur des libertés individuelles. Son discours de 2011 reflétait le pessimisme ambiant face à l’optimisme de Ron Paul et du Tea Party ; aujourd’hui, fort du recul des déceptions de l’ère Trump et des récentes avancées en matière de libertés, il démontre avec plus de clarté pourquoi les libertariens triomphent en refusant de se plier aux règles du jeu politique conventionnel.Pourquoi la politique électorale ne peut pas apporter la libertéLa politique électorale déçoit systématiquement les libertariens car elle privilégie le compromis, la vision à court terme et la loyauté partisane aux principes. Le Tea Party avait promis une riposte anti-fédéraliste, mais n'a offert que des Républicains conventionnels, adeptes d'une rhétorique modérée, sans réduction radicale de la taille ou du rôle de l'État. Les sondages ont montré que moins de la moitié des membres du Tea Party étaient réellement indignés par le pouvoir fédéral, et les tenants d'une politique opportuniste se sont rapidement approprié le mouvement. Quinze ans plus tard, le scénario se répète : les libertariens qui ont soutenu Trump, le considérant comme le « moindre mal » face aux menaces perçues de la gauche, ont justifié ses mesures étatiques, accélérant ainsi la croissance de l'État au lieu de la freiner. Même des figures comme Javier Milei restent des exceptions, et non la règle : la politique attire peu de voix de principe constantes comme Ron Paul ou Thomas Massie, qui demeurent des cas isolés plutôt que des catalyseurs d'un changement systémique.Le populisme de base manque de clarté pour une liberté durableDes mouvements comme le Tea Party ou MAGA se nourrissent d'une colère diffuse contre les élites, mais manquent d'une vision cohérente d'une société plus libre. Ils attirent des personnes en quête de liberté, mais les orientent vers des figures républicaines traditionnelles qui préservent le statu quo. La véritable liberté exige le rejet du collectivisme, qu'il s'agisse de la planification centrale de gauche ou du collectivisme racial ou nationaliste de droite qui s'insinue dans certains cercles proches du libéralisme. Le populisme exploite la frustration sans construire les fondements intellectuels nécessaires à une véritable réforme, rendant ainsi ses participants plus vulnérables à l'étatisme lorsque le pouvoir s'inverse.Les tribunaux offrent des victoires ponctuelles, mais ne constituent pas la solution globale.L'activisme juridique, notamment à travers des organisations comme la NCLA, permet d'étendre concrètement les libertés là où l'opinion publique y est déjà favorable. L'annulation de l'arrêt Chevron, qui limitait le pouvoir des bureaucrates non élus, l'arrêt Heller, qui a affirmé le droit individuel de porter des armes à l'échelle nationale, et d'autres décisions ont ébranlé les anciennes normes de censure, sont autant de victoires importantes car elles protègent concrètement les droits et modifient la perception culturelle de ces droits. Cependant, les tribunaux ne peuvent imposer de limites libertariennes à la volonté de la majorité ni aux exigences politiques profondément ancrées en matière de dépenses et d'interventionnisme : la Constitution elle-même autorise bien plus que ce qu'exige une société libre. Une liberté durable requiert une masse critique de citoyens qui considèrent l'action gouvernementale comme immorale lorsque des acteurs privés s'exposeraient à une condamnation.L'approche du reste : la seule voie fiable pour faire progresser la liberté« Albert Jay NockLe travail d'IsaïeCe texte offre aux libertariens le modèle dont ils ont besoin : cesser de rechercher la conversion de masse et se concentrer sur son propre perfectionnement, en approfondissant sa connaissance de la morale, de l’économie et de la liberté. Cela attire le « reste » : des penseurs indépendants disséminés un peu partout, qui perçoivent les failles du statu quo et cherchent de meilleures solutions. Ils sont réceptifs, non réticents, car ils posent d’abord des questions. Lorsque des crises révèlent la faillite de l’étatisme (comme lors du tournant argentin vers les idées autrichiennes), les idées préparées de ce « reste » sont prêtes à être mises en œuvre. Les chrétiens, en particulier, le comprennent : la fidélité à la vérité persiste même sans transformation sociétale immédiate, à l’image du cheminement spirituel dans un monde en perpétuelle mutation.Des moyens pratiques d'accroître la liberté dès maintenantLa stratégie du « reste » se manifeste au quotidien par des choix personnels qui accroissent la liberté malgré l'État. L'instruction à domicile a connu un essor considérable après la pandémie de COVID-19, car les familles qui la pratiquent avaient déjà mis en place des alternatives – programmes, réseaux, convictions – prêtes à intervenir lorsque les écoles publiques ont connu des difficultés. S'installer dans des juridictions plus libres (États, pays), minimiser légalement ses impôts, créer une entreprise dans des zones peu réglementées et faire des compromis (par exemple, profiter de la grande liberté en Suisse tout en faisant ses courses de l'autre côté de la frontière, ou privilégier la proximité familiale) permettent aux individus de s'épanouir. Ces démarches rejettent la fausse dichotomie entre liberté totale et misère, et privilégient le pragmatisme tout en maintenant une position morale ferme sur l'agression et l'interventionnisme.Les tendances positives montrent que Liberty gagne discrètement du terrain.Malgré les excès du gouvernement fédéral, la liberté progresse graduellement. La légalisation du cannabis s'est répandue bien plus vite que prévu, le droit de porter des armes s'est étendu grâce aux décisions de justice, la conscription a été abolie, la protection de la liberté d'expression renforcée par rapport à la répression de la Première Guerre mondiale, et l'esclavage a pris fin. À l'échelle mondiale, la libéralisation des marchés a permis de réduire considérablement l'extrême pauvreté et d'améliorer le niveau de vie. Les indicateurs de progrès humain de l'Institut Cato confirment que les marchés améliorent discrètement les conditions de vie, même en cas de politiques néfastes. Les Américains négligent ces progrès, focalisés sur les aspects négatifs, mais la tendance est à une plus grande liberté lorsque les idées se diffusent parmi les populations restantes.Conclusion : Les libertariens peuvent-ils gagner ? Oui, par le biais du reste du peuple, et non par la politique.Les libertariens peuvent remporter de véritables victoires pour la liberté de notre vivant, mais seulement en renonçant aux raccourcis électoraux qui érodent les principes et en embrassant la voie du « reste » qui bâtit un changement durable. La politique engendre un État plus interventionniste ; l’action individuelle confère des libertés ponctuelles ; le « reste » diffuse les arguments moraux et économiques qui rendent la liberté viable. Pour les chrétiens appelés à une société libre, cela signifie vivre la vérité dès maintenant : s’améliorer, attirer des personnes en quête de sens, célébrer les progrès, et avoir confiance que les idées triompheront le moment venu. La liberté ne grandit pas en s’emparant de l’État, mais en libérant les esprits un à un.Ressources supplémentaires
- Le travail d'Isaïe par Albert Jay Nock — L'essai classique sur la stratégie des restes.
- Le libertarisme aujourd'hui par Jacob Huebert — Introduction générale aux idées libertariennes.
- Nouveau site web de l'Alliance pour les libertés civiles — Voir les affaires en cours contestant l'État administratif.
- Présentation du Cercle de Mises 2011 «Y a-t-il un espoir pour la liberté de notre vivant ?« » par Jacob Huebert






